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Vacances en Suisse


 
 

Einsiedeln
A cœur ouvert
Sur une carte de géographie, tracez une droite de Chancy à St-Margrethen, puis une autre de Schaffhouse à Chiasso. Leur point d’intersection indique pratiquement le cœur de la Suisse : Einsiedeln. Une petite ville mondialement renommée, dont toutes les rues convergent vers le célèbre monastère bénédictin. Chaque année, près de deux cent mille pèlerins y côtoient autant de touristes et la Vierge Noire s’accommode des marchands du temple. Parcours de mille ans d’histoire et de dévotion pour une suggestion de week-end.


Arrivé sur la Klosterplatz, attention au choc ! Aucun panneau ne prévient de l’imposante beauté de l’abbaye, reconstruite de 1704 à 1735, d’après les plans du frère convers Kaspar Moorsburger, dont l’architecture extérieure est tout simplement superbe dans sa sobriété.


Isolés du monde par la clôture, mais conversant avec lui selon les règles de l’hospitalité, quatre-vingts bénédictins vivent ici selon la règle de Saint-Benoît alliant prière et travail. La moyenne d’âge est assez élevée : le recrutement a sensiblement diminué en raison, sans doute de circonstances d’ordre spirituel et social.


Des cierges partout, le feu souvent
Meginrat-Meinrad, un moine du couvent de Reichenau situé sur une île du lac de Constance, est à l’origine de ce lieu de recueillement. Aspirant à servir Dieu dans la solitude, il s’établit en 828 dans la haute vallée qui s’étend entre l’Etzel et les Mythen. Sept ans plus tard, il s’enfonce encore plus loin dans la « sombre » forêt.


Avec l’aide de quelques paysans, il construisit son ermitage (à l’origine du nom d’Einsiedeln) à l’endroit où s’élève l’abbaye aujourd’hui. Saint Meinrad fut assassiné par deux vagabonds en 861.
La légende raconte que les deux corbeaux avec lesquels il vivait poursuivirent les malfrats jusqu’au bord du lac de Zurich où ils furent arrêtés. Ces oiseaux figurent sur le blason de la ville.


Le monastère est dû à l’initiative de Brenno, un chanoine du chapitre de Strasbourg. La première église, dont on ne sait pratiquement rien, date de 948 et fut la proie des flammes en 1029. Dix ans de travaux furent nécessaires à sa reconstruction.


Au gré des siècles, trois autres incendies ravagèrent l’ensemble. Le quadrilatère monumental que l’on peut admirer aujourd’hui date de 1780.


Depuis le XIVème siècle, Notre-Dame-des-Ermites, au-dessus de l’autel de la Sainte-Chapelle – appelée la « Vierge Noire » - est le centre d’attraction de la visite touristique ou du pèlerinage. Le visage de Marie et de l’enfant Jésus sont noir comme l’ébène. Cette couleur est due au travail de restauration d’artistes de Trieste qui sauvèrent la statue du pillage des troupes françaises envahissant Einsiedeln le 3 mai 1798. Ils l’ont peinte en noir, parce que les fidèles étaient habitués à la voir ainsi. On attribue ce noircissement à la fumée des cierges et des lampes à huile brûlant jour et nuit.


Plus de 200 000 pèlerins viennent se recueillir ici, aujourd’hui comme autrefois. En remerciement d’une grâce obtenue, ils offrent souvent un ex-voto qu’on suspend à l’entrée de l’église. L’offrande de messe avec demande d’intercession particulière coûte dix francs. C’est affiché sans pudeur mais soyons indulgents !


Le samedi matin, Einsiedeln grouille de monde. Un prêtre fait découvrir la bibliothèque à des passionnés de vieux livres alors que la messe est célébrée dans l’église. La voix de l’ecclésiastique tente de surmonter les « oh » et les « ah » des visiteurs admirant la fresque dans la coupole de la Nativité.


Quelqu’un s’enquiert de l’heure des vèpres, suivies de la procession conduisant les moines à la chapelle de Notre-Dame où ils chanteront le Salve Regina polyphonique. On lui répond gentiment que c’est à 16 heures… grimace de déception de touriste, qui, à ce moment-là, somnolera dans le car le conduisant vers Rimini.


Dans les écuries de l’abbaye, des bambins donnent du pain aux chevaux. Les parents jettent un coup d’œil vers la scierie des bénédictins et la halle qui permet de chauffer, avec du bois finement broyé, l’ensemble des bâtiments. Une technique à la pointe du progrès. Une sonnerie annonce la fin des cours de quelque trois cents élèves de l’école de l’abbaye.
Et, sur la place, c’est une débandade d’adolescents « destroy », vêtus de perfectos recouvrant des t’shirts « hard-rock ». Ce soir, ils iront à Zurich, là où l’on s’amuse. Pendant que les amateurs d’images pieuses assiègeront les boutiques de souvenirs.


Onguent miracle
Monsieur fait le plein de liqueur dite « Rosoli », alors que Madame, dans une confiserie avoisinante, se régale de « Lebkuchen » gravés d’un motif religieux. Un peu plus bas, la pharmacie Engel, aux heures touristiques, ne désemplit pas. Depuis 140 ans, son onguent miracle « Einsiedler Balsam » est bon à tout faire, aussi apprécié que les gouttes pour le cœur.
Einsiedeln est… palpitant et superbe. Il faut le voir pour y croire. En toute bonne foi !


Olivier Philippe pour travelbest21.com et GoInsider