
Le plein de découvertes
Quelques pas dans le vieil Antibes
Ouvrez tout grand vos yeux et vos oreilles pour un plein d’images et de chansons. Avec Picasso, Peynet, Brassens et Trenet.
Antibes et Juan-les-Pins représentent 10% du marché touristique de la Côte d’Azur. Une affaire, en dépit d’une légère baisse de fréquentation, tout comme la michette, une spécialité gourmande exclusive de la ville. Ce petit pain fourré au basilic acheté à la boulangerie sise au 8 de la rue Sade dans une main, l’appareil de photos dans l’autre, suivez le guide en direction du château Grimaldi-Musée Picasso.
Les bâtiments actuels datent des XVème et XVIème siècles. Erigée un peu plus tôt, la tour s’intégrait autrefois dans un vaste dispositif de surveillance pour lutter contre les Sarrasins. Hôpital et caserne pendant la Révolution, le château devint par la suite un musée. En 1946, le conservateur invita Pablo Picasso et lui offrit l’hospitalité. L’artiste resta six mois, peignit 26 toiles qu’il «offrit» à la ville à condition que son nom soit accouplé au château Grimaldi et que celui-ci devienne un musée d’art moderne. «Ces oeuvres ne sont pas signées, elles étaient destinées à rester sur place, précise Béatrice Di Vita, responsable des relations publiques d’Antibes. On ne peut les voir qu’ici puisque ces peintures ne sont jamais prêtées à d’autres musées.»
Brossées sur des plaques de contre-plaqué récupérées par l’artiste sur le port Vauban, voici donc des faunes, des centaures, des satyres ou des pêcheurs attablés dans ce musée de province réalisant le plus d’entrées en France. Dans un genre différent, ne manquez pas la section consacrée à Nicolas de Staël au destin tragique. Une oeuvre au dépouillement quasi total.
Un peu plus loin, en allant vers le port Vauban où les plus luxueux navires du monde contemplent du quai des Milliardaires l’austérité biseautée du Fort-Carré, arrêtez-vous aux Bains-douches transformés en galeries et en ateliers de gravures. C’est tendance.
Un autre musée retient l’attention des visiteurs d’Antibes, c’est celui de Raymond Peynet révélé au grand public par «Ici Paris» et «France Dimanche». Citoyen de la ville depuis 1978, l’artiste légua ses dessins humoristiques figurant le célèbre couple d’amoureux à Antibes. La chanson de Georges Brassens «Les bancs publics» leur rend hommage.
Le long des remparts, le regard des touristes pointe le cap d’Antibes au premier plan de l’horizon de la Grande Bleue. Où diable se nichait la villa en forme de bateau de Charles Trenet? Vous ne la verrez pas, elle est à l’ombre des palmiers et des pins d’Alep. Restent à l’oreille quelques bribes d’une chanson du poète: « La mer... le long des golfes clairs,...».
Constitué de bric et de broc au cours de l’histoire et toujours reconstruit avec ses pierres originelles parfois rempilées à l’envers dans l’urgence, le vieil Antibes se savoure dans le détail chargé d’émotions.
Claude-Yves Reymond pour Travel Inside
Authentique... et autant d’orques
En 43 av. J.-C., Antibes s’appelait Antipolis. Aujourd’hui à une vingtaine de kilomètres, Sophia Antipolis créée en 1972 façon Silicon Valley se veut être la première technopole européenne sur la Côte d’Azur. Le détour n’en vaut pas vraiment la peine si ce n’est pour apercevoir des bâtiments hi-tech dissimulés dans des espaces verts.
Arrêtez-vous plutôt un peu avant. Biot est célèbre pour son musée Fernand Léger conditionné avec une énorme mosaïque de 500 m2 et par la «Verrerie de Biot» au nom déposé. L’histoire du fameux verre bullé commence en 1956 quand Eloi Monod parvient à emprisonner du bicarbonate de soude entre deux couches de verre chauffé à 1 100 degrés. L’usine et l’Ecomusée accueillent quelque 700 000 visiteurs par an. «C’est le 80ème site visité en France, précise Serge Lechaczynski, directeur de la Galerie Internationale du Verre. A la boutique, notre article vedette est le photophore. Le coût moyen du panier destiné à l’art de la table est de 80 euros.» Beaucoup plus si vous craquez pour une oeuvre de Jean-Claude Novaro - on dit de lui que c’est le Gallé du XXIème siècle - et un peu moins si vous rendez chez Michèle Luzoro, son ex-femme, dont l’atelier se trouve juste un peu avant l’entrée du village.
En famille, faites un saut à Marineland! Ce parc d’attractions de la mer propose un bassin d’orques dont le spectacle est époustouflant. Peut-être y verrez-vous Katia Chaperon domptant Inouk, un jeune mâle. «Je suis psychologue, c’est une formation idéale pour travailler aussi avec les animaux. Je suis ici depuis 6 ans. Tout se joue dans le conditionnement par le son, la motivation, le jeu éducatif, l’intensité de la relation et la récompense.» A coup sûr quelques harengs issus des 60 kilos que déguste ce prédateur et un lot de caresses. Le danger demeure cependant permanent en raison de la taille de 8 à 10 mètres pour les mâles et la puissance du poids de l’animal jusqu’à 9 tonnes... «Un coup de nageoire... et c’est fait.»
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